Bâtiment : l’impact de la hausse des prix des matériaux

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Déjà en hausse depuis la fin de l’année 2020 dans le sillage de la pandémie de Covid-19, les prix des matériaux connaissent une véritable flambée avec la guerre en Ukraine. Dans le secteur du bâtiment, ces fortes augmentations entraînent des difficultés croissantes.

Les prix des matériaux en hausse continue depuis fin 2020

D’après les dernières données de l’Insee, l’indice général des coûts dans le bâtiment a augmenté de 6,2 % sur 12 mois. 80 % de cette augmentation est due à la hausse de 13,3 % des prix des matériaux, qui ne cessent de flamber depuis l’automne 2020.

Tous les matériaux sont concernés, des tuiles au bois de construction en passant par l’aluminium, les différents types de mortiers, le polyester, le fibrociment ou encore le verre. Conséquence : le coût des travaux de construction augmente lui aussi.

Selon l’Insee, fin mars, le prix des travaux de couverture en tuiles a augmenté de 8,9 % en un an, avec 4,7 % de hausse rien que sur les 3 derniers mois. Le coût des travaux de charpentes en bois est en hausse de 9,2 % sur un an, de même que celui des travaux d’installation de fenêtres de toit ou de construction de cloisons en plâtre.

 

L’index BT a augmenté de 18 % pour les menuiseries en aluminium, et de près de 27 % pour les fermetures de baies en aluminium. Les travaux de terrassement ont augmenté de 10 %, et de nouvelles hausses des prix des matériaux ont eu lieu au mois de juin : + 12 % pour le polyester, + 15 % pour les mortiers, + 11 % pour le fibrociment, ainsi qu’une augmentation du prix du verre.

 

Des marchés aux prix difficilement révisables

Cette flambée des prix des matériaux de construction, accentuée par l’augmentation des prix de l’énergie à la fin de l’été 2021 et, depuis fin février, par la guerre en Ukraine, réduit considérablement les marges et la trésorerie des entreprises du BTP.

Comme le rappelle la Fédération française du bâtiment (FFB), il est difficile pour les entreprises de répercuter les hausses des prix des matériaux sur leurs clients, car les marchés sont majoritairement signés à prix non révisable, ou avec des clauses de révision insuffisantes ou inadaptées.

En effet, comment répercuter la hausse des prix, qui évolue de jour en jour, lorsque les clauses des marchés ne permettent qu’une révision annuelle ? Ou lorsque seul le prix de la matière première est pris en compte, sans considération pour le prix de l’énergie ?

Selon la FFB, certaines professions sont particulièrement impactées par la flambée des prix des matériaux, comme les carreleurs, les maçons et les couvreurs. Certains acteurs plaident pour un partage équitable du surcoût entre les fournisseurs, les entreprises de construction, les éventuels promoteurs et les clients.

D’autres réclament des clauses révisables plus adaptées au contexte actuel. Au mois de mars, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures de soutien pour le secteur du bâtiment et des travaux publics. Parmi les pistes envisagées, figure la mise à jour plus fréquente des index du bâtiment pour permettre une révision adéquate du prix de certains marchés.

Par ailleurs, le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire avait plaidé en faveur de la « théorie de l’imprévision », à invoquer « en cas de changement de circonstances imprévisible, qui rend l'exécution du contrat de droit privé trop coûteuse », avait-il déclaré le 16 mars 2022 lors d’une conférence de presse.

Une circulaire précisant les modalités d’application de cette théorie de l’imprévision dans le cadre des marchés publics a été publiée le 1er avril.